l'Aube du renouveau Index du Forum
l'Aube du renouveau
Le forum officiel de la guilde Aube du Renouveau du serveur Les Clairvoyants.Guilde Rp, Pve.
 
l'Aube du renouveau Index du ForumFAQRechercherS’enregistrerConnexion

:: Senteurs de chair brûlée ::

 
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    l'Aube du renouveau Index du Forum -> l'aube du renouveau -> La 707ème
Sujet précédent :: Sujet suivant  
Auteur Message
Raven
Général

Hors ligne

Inscrit le: 07 Mar 2014
Messages: 27
Localisation: Nouvelle-Tristram

MessagePosté le: Dim 5 Oct - 19:28 (2014)    Sujet du message: Senteurs de chair brûlée Répondre en citant

« Les missions suicides sont pour moi ce que les repas sont aux pandarens. Six fois par jours. »

PARTIE 1 : LA VIE

« Raaaaaalf ! Debout ! »
Le dénommé Ralf grogna, se frotta la tête avec ses mains, et se leva du lit de camp, installé dans un quelconque grenier éclairé à la lampe à huile.
« … Bordel... J'suis trop vieux pour ces conneries...
T'as la trentaine, dis pas de conneries. Tu pourrais être aussi vieux que le maire. »
Il soupira, et enfila son uniforme de gardien de la paix, avant d'allumer une cigarette pour la porter à sa bouche.
« On va l'avoir ce soir, donc ?, fit Ralf.
- Si tu te rendors pas, ouais, lui répondit l'autre.
- Pas de civils en visuel ?
- Nan... Et puis, te connaissant, c'est pas un ou deux paumés qui t'empêcheront de me couvrir !
- Mouais... »
Il regarda son collègue, qui lui souriait, et semblait avoir une confiance aveugle en lui.
Ce soir était le grand soir. Ils n'allaient pas coucher ensemble, non... Ils allaient mettre un terme aux agissements d'un tueur fétichiste œuvrant près de la fontaine de la place du marché. Pendant que son collègue jouait le rôle d'une jeune femme en robe pourpre, il allait se poster à une fenêtre isolée de tout, mais au meilleur angle de tir de toute la place...
Il avait la cible en vue, il pouvait voir l'elfe placer sa main sur son couteau, il pouvait presque sentir son souffle d'ivrogne sur son visage... Puis, une drôle de silhouette, puis une autre. Il abaissa sa lunette de visée. Une cinquantaine de civils alcoolisés s'amusaient à se bousculer et à faire le plus de bruit possible, recouvrant la scène de crime.
« Merde ! Clark, vire de là ! », hurla Ralf.
Il tira. Le lourd bruit de la balle propulsée à travers le canon du fusil le rendit sourd. Il observait les civils qui fuyaient, paniqué, dans toutes les directions. Parmi eux, le tueur.
Au sol, un cadavre. Une robe pourpre tachée de rouge.


« Alors, Grinsky ? Vous l'avez eu ? »
Il resta silencieux, tenant la plaque d'identité de son défunt collègue dans la main.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- Une bande de fêtards... Ils se sont pointés, et ont recouvert la cible et Steel. J'ai pas pu tirer... »
Il se leva, et déposa la petite plaque de métal. Il allait avoir besoin d'une cigarette. D'un paquet. Voir même de toute une cartouche. Et d'un grand verre de whisky.




L'adjoint entra dans le bâtiment, son fusil chargé, prêt à abattre le premier venu. Des témoins l'avait prévenu. Quelque chose était entré dans ce bâtiment, avec un masque sur la tronche, et était ressorti deux minute après. S'il trouvait le moindre indice...
Il fit à peine deux mètres qu'il tombait sur un cadavre d'homme, le visage explosé littéralement contre le sol. Les dents s'étaient éparpillées dans la pièce, et du sang avait giclé de tous les côtés. Un œil avait été écrasé, tandis que l'autre manquait à l'appel. Des morceaux d'os s'étaient incrustés dans le parquet, comme de petites gemmes macabres.

L'adjoint ravala sa bile. Celui ou celle qui avait fait ça était soit un monstre, soit très énervé. Dans les deux cas, heureusement qu'il était parti.

Plus loin, le même carnage. Des cadavres d'hommes, que des hommes. Démembrés, déchiquetés, éviscérés,... Il retint son attention sur l'un d'entre eux, qui avait été découpé en rondelles, au sens propre du terme, comme s'ils étaient de la viande humaine en attente d'abattage.
L'humain ne pouvait plus s'en empêcher. Il repeint le sol en vert.
« Oh, bordel... Mais qui pourrait être capable de faire ça ? »
Il continua de s'avancer dans le charnier, avant de monter au deuxième étage.
Là, pire encore. Les murs semblaient avoir été repeint en rouge sang, comme si la peinture était encore fraîche. De là où il était, il pouvait voir ce qui ressemblait à des jambes, dépassant le pas d'une porte. Il s'attendait à trouver un cadavre démembré. Il trouva bien pire.
À peine eut-il franchi la porte, qu'il compris à quoi il avait affaire. Le tronc de la victime avait était arraché grossièrement, au niveau des hanches, pour être traîné dans la pièce et finir accroché au mur, un clou dans la tête. Les viscères s'étaient évidemment étalées le long de la route, agrémentant la pièce de ce rouge inimitable.
Ralf ricana. La victime en question était connue des services de sécurité. Trafic d'Elfes, de Feuillerêve, proxénétisme, banditisme organisé...
« Une mort juste pour un homme juste... », fit-il avant de sortir du bâtiment.

Les bruits de violence avaient rameutés tout le quartier. Habituellement, cette rue là était déserte.
« On se calme, la situation est sous contrôle, fit un agent.
Contrôler quoi ! Vous savez même pas qui a fait ça !, hurla un habitant.
Parce que vous savez, vous ?
Lui, non... Mais moi, j'ai vu quelque chose. »

L'adjoint se retourna en même temps que ses deux collègues en direction de la voix. Une femme, vieille, dans une robe de moniale. Sûrement une prêtresse de l'église du coin.
« Et vous êtes qui ?, fit machinalement Grinsky.
- Mon nom importe peu. Je suis une sœur de la Lumière, et je sais que je peux vous aider. »
Ralf paraissait dubitatif.
« Comment vous savez ça. C'est votre... Chose, qui vous a filé une vision divine ou une autre connerie du genre ? J'ai besoin de témoignage fiable.
- Une femme masquée. Elle est sortie du bâtiment couverte de sang. Elle était blessée...
- D'accord. On sait ce qu'on doit chercher, maintenant. Des putains de traces de sang... Les gars. Virez-moi ces péquenauds et bouclez-moi le quartier. Prévenez le chef. Je rentre tard, ce soir. Pas la peine de m'attendre avec les beignets. »

Suivre des traces de sang était difficile, avec tout ce monde. Il fallut attendre la nuit tombée pour que les gens rentrent chez eux, non sans avoir eu quelques explications.
La rumeur se répandait maintenant dans Stratholme. Et Grinsky était bien décidé à la faire taire.

Un bar merdique dans les bas-fonds de Stratholme. Il fallait s'y attendre.
Il chargea son arme, la cacha sous sa veste bleue, enfila un gilet en cuir en cas d'attaque, et fuma sa cigarette avant de rentrer dedans.
Il entra, lentement, ses yeux s'habituant à l'obscurité. Une scène sur laquelle dansaient trois elfes nues éclairées par des lampes aux verres teintés dominait la pièce. Des musiciens Gnomes jouaient une musique à la fois sombre et sortie d'un autre monde, un monde dominé par les machines. Au milieu, assis sur des chaises en bois, une horde de pervers aux physiques disgracieux s'était amassée là, sans aucun doute pour admirer le spectacle...
Le barman lança un regard à deux de ses gorilles, et finalement s'adressa à l'adjoint.
« Hey, petit. Si tu mates les poulettes, faut consommer. »
Grinsky le fusilla du regard, sortit discrètement la petite plaque dorée que tous les flics de Stratholme avait, et finalement lui répondit.
« Je viens pas pour ça. Faut vraiment être barge pour apprécier ce genre de... » Il jeta un regard aux danseuses. « … de merde. Je fais que suivre une piste. Une femme, avec un masque d'animal sur la tronche. Une idée de où elle se planque ? »
Le barman lui fit signe de la tête. La personne recherchée était là, et il allait l'y conduire.
Les deux hommes progressèrent jusqu'à l'arrière-salle du bar.
Grinsky, y entra, peu confiant... La porte se referma derrière-lui.
Quelque chose de lourd s'abattit sur son crâne.
Il s'effondra...


« Vous aimez faire mal aux autres ?
- La ferme, et libère-moi. Garde le flic si tu veux, mais libère-moi.
- Oh, non, ma chère... Vous allez être mes deux nouveaux jouets. »
- L'adjoint ouvrit les yeux, lentement. Il avait un de ces mal de crâne. Il était solidement ligoté à une chaise. Ses armes gisaient au sol, loin devant lui. Il pouvait à peine les distinguer, dans la petite pièce mal éclairée par une bougie.
À ses côtés, une jeune femme. Elfe. Elle serrait les dents, et du sang recouvrait la moitié de son visage et coulait le long de ses cheveux.
« Oh. On est réveillé, adjoint Grinsky ? » fit la voix.
Il se contenta de râler. La douleur était encore là...
« Je vous présente votre nouvelle meilleure amie. »
Une main sortit de l'ombre pour pointer en direction de la femme.
« Enchanté... Comment vous avez atterri là ?
- La même que toi, le poulet.
- Oh, merde...
- SILENCE ! Silence... Vous êtes mes jouets ! »
La voix tira en l'air, ce qui perfora le plafond. À travers le trou, la nuit perçait et éclairait un peu plus. Ils eurent l'occasion de voir le visage de l'homme. De l'elfe, pour être exact.
Un visage tiraillé, aux yeux injectés de sang, aux dents pourries desquelles pendaient des morceaux de... chair ? De quelle chair ?
Grinsky perdit son regard pour tomber sur la chair... Un cadavre d'humain démembré et à moitié croqué. Il ravala sa bile. Il fallait sortir d'ici, et vite...
« Vous vous appelez comment ?, fit-il à la femme.
- Esko.
- Okay, Esko... Ça vous dirait qu'on sorte d'ici ?
- Si vous avez une idée, le poulet, je vous suis. »
Ralf sourit. Il avait mal, mais savait déjà comment se débarrasser de ce taré.
Ledit taré s'avança vers eux, des cartes à jouer en main.
« Vous allez être ce que vous choisirez. Toi, l'humain... Tu seras le valet de pique ! Et toi, l'elfe. Tu seras la reine de trèfle ! Hahahahaha ! Allez ! Sers ta maîtresse, espèce d-... »
Il s'arrêta net. Du sang coula le long de sa gorge.
Grinsky tourna la tête en direction de la femme... Qui avait disparu.
Il regarda de nouveau son ravisseur, qui gisait au sol. Sur lui, la même elfe qui éclatait maintenant son crâne sur le sol, jusqu'à ce que la cervelle s'étale sur le parquet.
« C'était pas comme ça que je l'imaginais, mais...
- La ferme. Si je te libères, t'arrêtes de me suivre ?
- Je sais pas trop... Va falloir qu'on cause un peu, avant.
- Alors je me casse. Salut. »
Elle ouvrit la porte. Ralf hurla un charabia incompréhensible. Elle se retourna.
« Alors. Tu la fermes à mon propos, maintenant ?
D'accord, d'accord... Mais pitié, sortez-moi de là.
Bien ! On avance ! »

Pendant que la femme le détachait, il jeta un œil dégoûté au cadavre. Le peu de visage qu'il lui restait correspondait parfaitement au tueur de Clark.
Sans le savoir, cette Esko venait d'accomplir la vengeance tant attendue.
« Hmm... Vous savez quoi... Je vous dois un verre.
- Et pourquoi donc ?
- Une longue histoire... Très longue histoire... »





Il se précipita dans la chambre. Il avait été prévenu par le pouilleux du village voisin. Esko venait d'accoucher, la petite Raphaëlle était donc bien née, contrairement à ce que pensaient les médecins qui étaient venus à tour de rôle. Déjà avait-elle gagnée un surnom, exactement le même que celui de sa mère. L'Anomalie.


La petite Raphaëlle passa ses premières années à l'abri de tout ce qui aurait pu lui porter préjudice. Mais rien n'aurait pu la préparer au massacre de Stratholme par Arthas.
Rien n'est écrit, et seul Grinsky doit savoir, mais une rumeur dit qu'Esko Grinsky s'en alla pour Lune-d'Argent un jour avant qu'Arthas et ses troupes ne perpètrent le carnage, en emmenant avec elle sa fille. La suite est inconnue.
Grinsky, lui, décéda peu après le carnage, emporté par une bande de goules.
Peu de choses sont connues. Mais, à partir de la chute du Roi-Liche, il rejoignit le camp Réprouvé, toujours hanté par le sort de sa femme et de sa fille.


PARTIE 2 : LA BATAILLE DE GILNEAS

« Sergent Grinsky, vous infiltrerez les lignes gilnéennes. Faites sauter leur artillerie de fortune, et donnez-nous un accès à la mer. Enfin, assurez-vous que les renforts de la Horde arrivent à bon port... Des questions ?
- Hmm... Je peux compter sur un appui-feu, quelque chose comme ça ?
- Négatif.
- Alors plus rien, exécuteur.
- Parfait. Rompez, que la Dame Noire veille sur vous. »

Grinsky activa sa toute nouvelle combinaison. Elle n'était pas parfaite, et un œil habile pourrait le repérer. Mais les gilnéens avaient pour troupes des soldats n'ayant que peu connu la guerre, des conscrits et des civils. Les renforts de l'Alliance étaient sensés arriver un peu plus tard, ce qui lui laissait le temps d'accomplir sa mission.
Ils avaient tout de même un atout : les worgens.
Mais même avec tout le courage du monde, il est impossible de gagner sans armement. Et c'est précisément ce qu'il manquait aux milices gilnéennes.

Il avança prudemment, de buisson en buisson, jusqu'à atteindre la première position d'artillerie.
Une catapulte de fortune, faite de bois de récupération, et projetant de vieux tonneaux. Elle était gardée par plusieurs archers.
Il approcha discrètement d'eux, le poignard à la main, une grenade dans l'autre.
Dans ces conditions, il fallait faire attention à tout. La moindre brindille, le moindre galet. Le plus petit bruit comme la toux ou la respiration pouvait compromettre la mission. Heureusement pour lui, il était mort, et donc délivré des conditions des vivants.
Un champ ravagé plus loin, il était enfin à portée. Il égorgea le premier archer, laissa tomber son cadavre au sol, avant de lancer la grenade au milieu des autres.
Elle éclata en projetant du sable de partout, mélangé au sang et aux chairs disloquées par la déflagration. Un morceau de mâchoire inférieure et quelques dents retombèrent sur l'épaule du réprouvé, avec le lot de sang qui les accompagnaient.

Un artilleur était encore en vie, et hurlait de douleur en tenant le moignon de sa jambe arrachée. Il cherchait de l'aide, quelque chose pour le sauver...
Grinsky se releva, fit craquer ses poings, et attrapa l'humain par le cou, afin de s'en servir de bouclier humain. L'homme le regardait, de l’œil de ceux qui ignorent tout de ce que peut penser un réprouvé. Ralf poursuivit son chemin, entraînant avec lui le soldat humain qui perdait du sang à une vitesse considérable. Ils firent une dizaine de mètre sous les éclats de boulets de canon tirés depuis la cité de Gilnéas. Là-bas, la Reine avait réussi à tuer le prince Liam Grisetête. La bataille avait prise un tournant agréable, au profit des réprouvés...

Arrivé près d'un tas d'herbes hautes coupées la veille, un carreau d'arbalète tomba.
Il traversa le crâne de l'humain, en lui arrachant un œil et une partie du crâne, en laissant couler la cervelle le long du bras de Grinsky. Le réprouvé laissa tomber le cadavre, et s'empressa de se mettre à couvert.
Les worgens cherchaient, reniflaient autour d'eux, haletants. Ils le trouveraient, sûrement. Sauf s'il tirait le premier...
Il chargea son fusil, pour les mettre en joue. Son doigt tremblait, faute de chair. Quand il appuya enfin sur la détente, il fut déstabilisé par le recul auquel il n'était plus habitué depuis une décennie.
La volée de plombs vint s'écraser sur les deux Worgens, qui s'écroulèrent lentement, l'un après l'autre, dans une gerbe de sang et de chair déchiquetée. Malgré leurs armures et leurs réflexes, ils ne pouvaient pas survivre à ça. Personne ne pouvait survivre à ça.
« Bouffe mon calibre douze ! »
Le réprouvé avança, arme chargée et en joue, enjambant les cadavres de worgens.
Il fit un signe de main à deux nécrotraqueurs qui patrouillaient ici.
Quelque chose ne tournait pas rond...

Une explosion retentit au loin. À l'horizon, une immense boule de feu.
« À couvert !! », hurla Grinsky, avant de se précipiter derrière un muret.
Son gobophone crachotait.
« Sergent. La cannonière Orque a été abattue. Je répète. La cannonière a été abattue.
Bordel ! Exécuteur ! Quels sont les ordres ?
Poursuivez la mission. Détruisez les batteries d'artillerie ennemies. Les Orcs sont déployés beaucoup trop loin pour qu'on puisse tent-... »
Il leva la tête. Une chauve-souris... avec un worgen dessus.
« Ils viennent d'en haut ! »
Rien à faire contre ça, la chauve-souris volait trop haut.

« Reprenez la mission, sergent. On vous couvre », fit un des soldats.
Il entendit ce qui ressemblait à des explosions, en provenance du campement réprouvé. Mais peu importe. La mission avant tout.
Il se releva, rechargea son arme, et abattit un troupier Gilnéen qui passait par là.

Un canon attendait sagement, de l'autre côté du canal, que quelque chose vienne dans son champ e vision. Mais il n'allait pas leur faire ce plaisir...
Le réprouvé rangea son fusil, et dégaina deux couteaux de combats, avant d'avancer, lentement, en leur direction.
Entrer dans l'eau allait poser problème... La batterie ne tiendrait pas le coup, et il risquerait l'électrocution. Pas que ça soit dangereux pour un mort, mais sait-on jamais...
Il profita du bruit causé par le tir dudit canon pour plonger dans l'eau, nager en profondeur, et remonter au bon moment.
Ils n'allaient voir que du feu... Au sens propre.
Avant de se jeter sur eux, il prit la peine de leur lancer une grenade incendiaire.
Les artilleurs tentèrent à peu près tout ce qui était imaginable pour stopper les brûlures : se rouler par terre, sauter dans l'eau, se frapper dessus...
Ceux qui avaient sautés dans l'eau se firent abattre par le sergent réprouvé. Les autres, incapables de se défendre, brûlèrent ou se firent achever d'un coup de couteau dans la gorge.
« Pas la tête. Jamais la tête. Trop dure, impossible de rentrer un couteau dans un crâne sans forcer comme un bourrin... » se disait-il.
Une fois assuré que personne n'était à portée pour l'arrêter, il plaça une bombe gobeline. Assez puissante pour rendre inutilisable ce canon, et pour incendier les maisons alentours.
« Sergent, vous me recevez ? »
Le gobophone crachotait de nouveau.
« Je vous reçois, exécuteur. Vos ordres ?
- Vous êtes muté... Et félicitations pour votre nouvelle promotion, Adjudant. »
La transmission se coupa.
Lui, adjudant ? Et pourquoi ? En aussi peu de temps, après seulement quelques missions.
La Reine avait quelque chose en tête. Quelque chose de très mauvais pour lui...

Il jeta un œil derrière-lui, en revenant sur ses pas.
La plage sur laquelle se jetait l'eau glacée allait bientôt devenir le théâtre d'une sanglante guerre ouverte entre les Gilnéens et leurs alliés d'un côté, et les réprouvés de l'autre.
Nul doute que les vétérans du Norfendre allaient se tenir tête pendant la bataille.
Il les rejoindrait un jour.


PARTIE 3 : RAPHAËLLE

Caché grâce à sa combinaison, il observait la jeune femme qui dormait dans le cercueil. À l'inverse des autres habitants de cette crypte, celle-ci était encore en vie. Enfin... Autant qu'une nécromancienne puisse l'être.
Dans sa main, il tenait un dessin, un portrait fait à sa demande par le bureau des nécrotraqueurs.
Il cherchait sa fille depuis sa résurrection. Il tenait enfin une piste.
Cette jeune femme se faisait appeler Kathyr l'Anomalie. Une demie-elfe, teint pâle de nature, teint pâle exacerbé depuis qu'elle vivait dans une crypte. Cheveux décolorés, sûrement par maladie ou à cause de la magie. Des yeux clos, certes, mais qui faisaient penser à ceux d'Esko... Le même nez. La même forme de visage.
Il se retourna, la laissant avec la succube et le gangregarde qui vivaient ici aussi.
Hors de question d'aller lui annoncer la nouvelle comme ça. Il lui fallait une preuve... et un plan.





PARTIE 4 : UNITE HUIT-CENT QUARANTE-NEUF

JOUR : 1 avant début de l'opération

Il rentra tard ce soir là...
« Bonne soirée, général ! » … La voix de Nhajan résonnait encore dans la tête creuse du vieux général. Ralf Grinsky, de son nom commun. Le réprouvé posa son appareil dans la cour des ruines de Lordaeron, juste devant son bâtiment. Il retira lentement les clés de la machine, et mit pied à terre. Tout était allé trop vite. Raphaëlle qui revenait de nulle part, Brisecrâne qui le nommait général, Yiinda qui... Il secoua la tête en grommelant. Il refusait de penser à ça.
« J'suis un soldat, bordel... Rien de plus. ».
Le général gravit lentement les marches de l'escalier en pierre cassée, et se tourna vers la porte d'entrée. Quelqu'un visitait son appartement, à en juger les apparences. En effet, jusqu'à preuve du contraire, un mort-vivant n'a pas besoin de feu pour se réchauffer, et encore moins de se réchauffer tout court.
Il déverrouilla la sécurité de son bras bionique, et avança furtivement jusque dans le salon.

La cheminée, qui n'avait pas servie depuis une dizaine d'années, accueillait des braises ardentes, qui illuminaient la pièces. Les tentures se retrouvaient colorées d'orange, accentuant la sensation relative de chaleur qui se dégageait des flammes dansantes... Sur le canapé, une jeune femme. Environ un mètre soixante. Peau très pâle, également teinte par le feu... Une hypothétique longue robe bleue, à première vue, et une fleur, un lys de Stratholme, plantée dans la chevelure blanche qui se perdait sous les couvertures en fourrure, le tout relevé par un nez et des oreilles longues et pointues, qui lui rappelait quelqu'un, une silhouette familière...
Il fit claquer son bras, le verrouilla, et s'approcha sans bruit de l’intruse – qui n'en était pas vraiment une. Il approcha lentement son visage du sien, et sentit le souffle chaud sur sa peau bleue et glacée. Il la borda, remettant en place chaque couverture, chaque duvet, chaque couette et ajoutant même un oreiller. Tout en sachant pertinemment que le tout se déferait pendant la nuit, ce qui rendait la chose assez éphémère en fin de compte...
Tout comme la vie.

« Papa ? »
La jeune femme se réveilla, lentement. Elle ouvrit au même rythme ses yeux gris, mués par la volonté d'avoir en face son père. Ou ce qu'il en restait.
« Je suis ici, Raphaëlle... Je ne sais pas ce que tu viens faire là, et sache que c'est tout de même un plaisir de t'avoir enfin sous mon toit. Mais... Dors, ma fille. Il est tard. », fit-il, de sa voix rauque.
Il retira les bretelles de son pantalon, et avança lentement, précédé de sa fille, jusqu'à sa chambre. Les morts n'ont pas besoin de sommeil, mais il aimait le confort relatif que lui procurait le lit double placé juste à côté de la fenêtre. Double, car il aimait toujours autant... Il alluma une cigarette. L'avant-dernière du dernier paquet, qu'il porta à sa bouche. Les morts ne respirent pas, c'est un fait. Ou plus autant qu'avant. Alors pourquoi fumer ? « Pour intoxiquer les vivants ? » Ça, non...
Il jeta le paquet en question sur sa table de chevet, et retira sa petite cravate noire, qu'il jeta dans la direction de son armoire... Il se retourna pour se regarder dans le miroir, les boutons de la chemise défaits, la peau bleue plus présente que jamais.
Qu'était-il devenu... Un monstre de foire. Une bête immonde. Tout juste bon à exécuter bien gentiment les ordres. Son seul œil encore valide tournait au blanc pourri, tandis que sa peau autrefois pâle de nacre s'était teinte du bleu glacé de la mort. La seule chose qui lui rappelait sa vie passée était son crâne dégarni. Par choix, il avait les cheveux rasés, pour la profession. Pour rentrer dans le moule. Le moule...

Il entendit du bruit derrière lui. Il se retourna, et se mit en position de combat. Poings serrés et jambes bloquées, il s'attendait à affronter un assassin de l'Alliance ou un quelconque super-soldat Gnome venu lui voler ses technologies. Dont il gardait soigneusement les plans dans l'endroit le plus impénétrable de tout Azeroth : sa tête.
Il s'était mit en tête qu'il combattrait à mort. Il se retrouva nez-à-nez avec la plus troublante des armes. Sa fille se tenait là, les cheveux en vrac. Elle l'avait tout de même suivi...
« Papa... Où est-ce que t'étais ?, dit-elle, avec la voix de ceux qui viennent de se réveiller pour poser les questions les plus stupides, les plus inutiles, les plus...
J'étais à Cabestan. Je suis mort, certes, mais ça ne m'empêche pas d'aimer boire un verre de temps en temps... Ça me rappelle quand ta mère et moi on-... »
Il stoppa net, et mesura l'étendue de sa connerie. Appréhensif, il s'attendait à provoquer un mélange de colère et de chagrin chez sa fille. Et, encore une fois raté, ce ne fut pas le cas.
« Maman ? … J'ai pas de souvenirs, de quand j'étais avec vous. J'étais trop petite. »
Il se passa la main squelettique sur la figure, soupira. Longuement.
« Ta mère... Elle était... »
Il s'arrêta, s'assit sur son lit, le visage plus tiraillé que d'habitude.
« Elle était magnifique. En tout point. Pas seulement physiquement... Pas que moralement... C'était une femme d'action, une véritable furie. Une anomalie. C'est comme ça qu'elle aimait se faire appeler... Comme toi. »
Il lui sourit, cigarette au coin de la bouche, l’œil brillant.
« La bière d'Austrivage... Ça me rappelle quand on allait là-bas, pour échapper au quotidien de Stratholme. Quand elle dansait toute la nuit, et que je la regardais. Elle était heureuse, elle souriait. Longtemps et-... »
Il se raidit, secoua la tête, cracha le mégot dans le cendrier, avant de lui lancer : « Va te coucher, ma belle. Il est tard... »

JOUR : 0

« J'vais pas tenir !! » … Une explosion. Des sirènes d'alarmes qui crissent, un copilote mort éventré à l'arrière, des flammes sur l'appareil, et un vieux général aux commandes, clope et sourire vicieux au bec. Il volait à basse altitude, pilonnant les positions Alliées sur la côte Sud de Krasarang à l'aide de bombes incendiaires.
L'odeur de chair carbonisée lui plaisait, et il ricanait à l'idée de pouvoir se parachuter au milieu des lignes, et d'aller-...
« Général ! On est touché ! On doit rentrer ! Faites sonner la retraite ! »
La voix du lieutenant Orc qui le secondait, depuis une wyverne, lui était parvenue depuis le gobophone installé dans le cockpit de l'appareil.
« Hors de question. Vous tiendrez votre position, ou mourrez pour Hurlenfer, c'est clair ?!
Mais, général ! On va tous y p-... »
Il entendit la wyverne hurler de douleur, se retourna, et constata que les ailes de la bête avaient étés arrachées par deux glaives elfes.
Il se demandait comment les tireurs avaient pu atteindre une cible à cette hauteur, avec une telle arme, et sans même les voir à travers le brouillard.
« Très bien. À toutes les unités. Rompez la formation. Retour à la base, exécution. Dites à Nazgrim que je m'occuperais personnellement de venger les hommes tombés aujourd'hui... Et qu'il ne m'attende pas pour dîner, je risque de rentrer tard. »
Il eut un rictus malin, et approcha en tonneau de la forteresse Alliée...

La carcasse de son appareil en feu s'écrasa sur un char de siège nain, avec une telle force qu'il explosa, libérant juste un morceau de chair et un œil qui volèrent et vinrent s'écraser à leur tour sur le sable chaud et fin de la plage de Krasarang.
Le général s'était éjecté et ricanait, en l'air, porté par son parachute. Il esquiva une balle de fusil, tirée depuis la tour de garde, au loin, puis une autre, et encore une autre...
Il cessa de rire au moment où ses pieds foulèrent le sol. Il dégaina ses deux couteaux, et se lança dans la mêlée. Un humain, géant, en lourde armure de plaque, le chargea en hurlant de rage, une masse à deux mains prête à l'écraser. Il se contenta de l'esquiver, comme il le faisait avec les balles, et de lui planter un couteau dans l'armure, de la faire tomber, et de taillader la peau désormais nue...
Il arracha petit à petit les chairs, les organes, laissant se répandre le sang de l'homme, qui était agenouillé, hurlant de douleur sous son casque de plaque.
Grinsky l'acheva, de sang-froid, d'un simple coup de fusil dans la tête, ce qui déchiqueta tout au niveau du cou, dans une volée de plomb, laissant s'étaler contre le sol des morceaux de cervelle, de dents, d'ossements, et un œil encore intact, en plus de l'habituelle chair arrachée et du flot incessant de sang s'écoulant depuis le cadavre, qui ne tarda pas à s'écrouler sur le sable doux et jaune...

Il se retourna rapidement, pour planter ses deux couteaux dans les yeux d'un nain qui le chargeait à son tour. Le nain hurla de douleur, presque comme suivant la musique de l'humain. Du liquide blanc mélangé à du sang gicla, et couvrit légèrement le visage de Grinsky, qui se retira en donnant un violent coup de pied dans l'estomac de son ennemi, avant de s'essuyer d'un revers de bras.
Le nain s'écroula sur le dos, gémissant, les mains sur les orbites, essayant en vain de stopper l'hémorragie. Le général aurait pu jurer qu'il avait planté ses couteaux jusque dans la cervelle du nain. Il avança à couvert, laissant l'hémorragie faire son boulot,esquivant un boulet de canon tiré depuis un bateau, au loin, en libérant ce sifflement caractéristique de la balle qu'on vient d'éviter. « Pas se soucier du coup qu'on entend... », se répétait-il dans la tête.
Le boulet en question s'écrasa plus loin sur une mage elfe de sang, ce qui lui avait arraché la jambe.
Elle se tenait le moignon, plaquée au sol, cherchant du regard son membre absent, et peut-être aussi du secours.

Elle était jeune. Au moins assez pour paraître avoir l'âge de Raphaëlle... Même genre de coiffure. Même forme de visage. Même 'charme'...
Ce qui ne l'empêcha pas de finir broyée sous les roues d'un char de siège nain, en poussant un cri de détresse et de douleur effroyable, en étirant son visage de la manière la plus impossible qui soit, et en libérant son intérieur de tous les côtés...

Ralf secoua la tête, alluma une autre cigarette, et se cacha derrière une ruine fumante.
Était-ce donc pour ça qu'il se battait ? … Pour finir broyé sous les roues d'un monstre de métal ? Pour servir de chair à canon à des politiques véreux ? À des dirigeants sans cœur, sans pitié ? …
Il refoula cette idée de sa tête. Impossible de penser ça, après tout ce qu'il avait vu, senti, cru voir, cru sentir... Cru comprendre.
Il secoua à nouveau la tête, cracha sa cigarette, et en reprit une autre. Il profita du relatif calme pour rajouter une cartouche de plus dans le magasin de son fusil à pompe chromé, soupira en libérant de la fumée de tabac, et se jeta dans la gueule du démon en poussant un hurlement de rage.
Il déstabilisa deux soldats humains, qu'il abattit froidement à l'aide de son fusil, repeignant les murs de la forteresse de ce rouge et rose inimitable !

Il se cacha à nouveau, derrière les cadavres, attendant que les combats se terminent et que la nuit tombe. Peut-être arriverait-il à infiltrer la forteresse...

JOUR : 1 après début de l'opération

Avec un peu d’appréhension, de courage, ou de témérité, il arriva à entrer sans se faire repérer dans la base de l'Alliance. Son objectif était clair, désormais... En effet, le Dimanche, les matelots ont pour habitude d'amarrer leurs navires de guerre. Le plus gros et le plus menaçant, d'après Hurlenfer, accosterait aujourd'hui même. Seuls quelques soldats et les officiers seraient encore à bord, ce qui lui permettrait d'entrer et de détruire ledit croiseur.

Il égorgea le garde posté sur le ponton, mettant sa main squelettique sur sa bouche, pour ne pas qu'il puisse pousser le moindre cri, le moindre soupir. Pas même la moindre larme, c'eut été trop rapide.
Il laissa tomber le corps dans l'eau, lentement, en silence... Avant de se précipiter à l'intérieur, le mode furtif de sa combinaison enclenché. Le vieux général s'avança discrètement derrière une humaine en petite tenue, qui ressortait du bureau du capitaine.
Ralf aurait pu cracher de dégoût, s'il ne fallait pas rester camouflé dans l'ombre. Il s'étira, tout en continuant d'observer la démarche... singulière de la jeune femme. Il secoua la tête, réprima un juron, et continua.

Il alla directement dans la cale, poser le sac d'explosifs, mélange de poudre à explosion et de pétrole raffiné, avant de remonter se mettre à l'abri. Mais une envie de faire quelques morts de plus le prit. Une envie de tuer le capitaine... Il marchait lentement, en direction

Il était maintenant dans la cabine du capitaine, qui s'était roulé dans les couvertures, et dormait d'un air bovin, la bouche grande ouverte, le sexe en avant. C'est à peine s'il avait la langue qui pendait...
Grinsky désactiva son mode furtif, fit tournoyer ses dagues et... Se prit ce qui ressemblait à une rafale de plomb, dans l'épaule gauche, et dans la colonne vertébrale. Son sang violet gicla et s'étala contre la vitre teintée bleue de la cabine, et aussi sur la couverture de l'humain, et il poussa un râle rauque, comme celui d'une bête sauvage qu'on abat au dépourvu.
Il se retourna, sang dans la bouche, laissa se planter les couteaux de combat dans le sol,  et constata...
« T-t-t... T... Toi ? … J'vais te bouffer. »

Grinsky rassembla assez de force pour sauter à la gueule du marin, qui tremblait de peur. Il lui arracha la jugulaire d'un coup de dents, et griffait d'une main jusqu'à la chair le corps de l'homme, qui s'était écroulé de douleur, et qui tentait de se débattre. Le vieux soldat desserra les dents, faisant tomber deux morceaux de chair humaine, détachées l'une de l'autre, et observa sa victime. Un matelot d'une quarantaine d'années, avec une grosse moustache, et un gros bidon...
Le capitaine s'était réveillé mais, couard comme il était, s'était surtout réfugié sous sa couette, feignant de n'être qu'un amas de coussins.
Ralf fit volte-face, dans sa direction, dégaina son arme, et déchargea les deux cartouches sur lui.
Il hurla de douleur, sembla chercher des mains un moyen de s'échapper, et mourut en poussant un long soupir.
Le général cracha, laissa tomber son fusil, activa son mode furtif, et s'en alla aussi vite que possible.
Il n'était pas affecté par une quelconque douleur. Son bras droit étant le bras bionique, tout en métal... Seule sa colonne vertébrale semblait être atteinte. Mais dans le feu de l'action, rien ne l'empêcherait de faire sauter ce bateau, et de rentrer chez lui.
Rien. Sauf peut-être une légion complète de soldats de Hurlevent, soutenue par plusieurs chars de sièges et d'une compagnie de lanceurs de sorts.

« Soldat de la Horde ! Mettez les mains sur la tête, et plaquez-vous au sol ! »
Grinsky mit son seul bras valide devant ses yeux. L'immense projecteur, pire qu'un phare, irradiait dans sa direction, le tout accentué par le filtre de lumière des lunettes qu'il portait.
Il détourna la tête, attrapa le détonateur qu'il avait à sa ceinture, et se propulsa en arrière, en évitant de justesse une roquette LGAG qui vint s'écraser contre la coque du navire de guerre.
Il se releva lentement, se prit une balle dans la jambe gauche, alluma une cigarette, qu'il porta à sa bouche, et se remit en marche, la douleur plus intense que jamais, jusque dans la cale.

Il s'effondra, caché contre deux tonneaux. Il attendait que le plus de soldats ennemis montent à bord... Il entendit des ordres en commun, et aperçu une dizaine de fantassins descendre les escaliers menant à la cale.
Ralf sourit, nerveusement. Il déroula lentement un petit bout de parchemin, contenant ce qui semblait être le portrait d'une haute-elfe. Il claqua des dents, ça y est. Il n'en avait plus pour longtemps.
Il contempla, une dernière fois parait-il, le visage de celle qui fût sa femme, de son vivant.
Ce nez fin, ces longues oreilles pointues, ces yeux emplis de ce regard...
« Esko... », soupira-t-il, en crachant la fumée de sa cigarette... Ce qui ne manqua pas d'alerter les soldats.
Il se releva difficilement, et leur fit face.
Il les regarda droit dans les yeux, il leur faisait peur, n'importe qui aurait pu le deviner.
L'un poussa un cri de détresse, un deuxième fit un bond en arrière.
« Vous me cherchiez, jeunes hommes ? », dit le vieux mort-vivant, avant d'appuyer sur le petit bouton traditionnellement rouge du détonateur.

Il rouvrit l'oeil. Il avait mal. Très mal. Il ne sentait plus ses jambes... Il était couvert de sang, sa peau était carbonisée... Il avait fait un sacré vol. Il s'était retrouvé sur la plage de Krasarang. Il leva légèrement sa tête masquée d'un peu de sable et de sang, pour contempler...
La halte de la domination était sauve. Il avait accompli sa mission.
Il aurait aimé saluer une dernière fois. Pouvoir aplanir sa main, plaquer le tranchant de l'index sur son front, le pouce sur la tempe, le bras plié.
« Pour le Roi... », conclut-il.


JOUR : 6 après le début de l'opération

Yiinda entra dans la salle où le corps de Grinsky était entreposé, en attente d'une sépulture décente.
Elle trimbalait avec elle une énorme machine, un monstre d'acier, surmonté de scies à os, de seringues et d'autres instruments de chirurgie.
La dernière volonté connue de Grinsky était toujours la même : servir le Roi de Lordaeron, même dans la mort.
Ainsi soit-il...
Elle soupira, et enclencha l'interrupteur en levier de la bête.

Des crissements, des vrombissements, des grésillements... En peu de temps, la machine refaçonnait la chair, recréait le corps, allant jusqu'à arracher les dernières parties organiques.
Le vacarme ne cessa qu'au bout d'une demie-heure. La templière s'approcha, méfiante, et toucha du bout des doigts le corps métallique, froid, sans vie... La chose s'anima. Les orbites des yeux s'allumèrent. Et c'est d'une voix synthétique que la monstruosité s'exprima.
« Unité 849 : Opérationnelle. En attente des directives. »



PARTIE 5 : LA SYNTHESE

Kathyr laissa s'installer le Seldzarim. Le couvercle de cercueil ferait office de table, là où un vieux tabouret en bois pourri retapé servirait de chaise.
Pas de bougeoir, à peine une nappe en vieilles soie de linceul bouffée par les vers.
« C'est Leesh' qui fera la cuisine, ce soir.
- Qui est cette Liche ?
- Leesh'. Leeshkilig. Le gangregarde... »
Il tourna la tête, et vit, au fond de la crypte, une silhouette démoniaque s'acharner sur un morceau de viande – probablement humaine. Il regrettait déjà d'être venu...
« Très bien... Kathyr. Qu'en est-il de votre père ?
- Vous le savez très bien, Cathelineau. Il est mort... Encore. »
Cathelineau, donc, fit tourner plusieurs fois le « vin » dans son verre.
« Et n'y-a-il aucun moyen que vous connaissiez pour y remédier ?
- Si, bien sûr mais... Il me faut une partie de son âme. Ce que je n'ai pas. Enfin... Plus.
- Plus ?
- J'avais une pierre d'âme contenant un fragment de son âme. Mais elle est tombée et s'est brisée. »
Le Seldzarim haussa un sourcil, puis soupira, l'air consterné.
« C'est tout ? On ne va rien faire de plus ?
- Il y a bien un moyen et... Enfin...
- Poursuivez.
- Les grottes du temps.
- Les grottes du temps ?!
- Ouais, ouais. Je sais... Ça paraît dingue, comme ça. J'sais même pas si vous avez le droit d'y aller. Mais... Si jamais vous passez par là, essayez de voir pour retourner à Stratholme avant l'invasion et prendre une partie de l'âme de mon père.
- Et vous pensez qu'il vont me laisser entrer, comme ça ?
- Non, bien sûr que non... Et c'est là que l'unité 849 entre en jeu.
- Une unité ?
- Un peu comme votre... Fitzpatrick. Le robot.  »
L'intendant resta perplexe. Il allait devoir faire jouer ses contacts et l'influence de l'Ordre Exalté pour entrer dans les grottes du temps, ne serait-ce que pour y avoir accès. Le vol de bronze ne se soucie guère des mortels, et surtout pas de ceux déjà morts.

PARTIE 6 : LE SIEGE D'ORGRIMMAR

« Soldats de la Horde ! Révolutionnaires ! Alliés ! Ennemis de toujours ! Amis de longue date. Nous sommes à l'aube de la plus grande bataille que la Horde ait connue. Rien n'aurait pu nous préparer à cela ! Rien ! Pas même les éternelles batailles avec l'Alliance. Pas même la bataille pour le Puits de Soleil ! Pas le portail du Courroux ! Encore moins Aile-de-Mort ! Aujourd'hui, nous combattons les nôtres ! Nos frères et sœurs ! Aujourd'hui, nous nous battons, non pas pour la survie de ce monde, mais pour la notre ! Pour nos enfants, et les générations à venir ! Nous combattons pour notre liberté !
Je ne vais pas vous mentir : peut d'entre nous survivront. Il faudra des années pour reconstruire la ville. Des siècles pour oublier les actes de barbarie.
Et pour les plus chanceux qui y survivront : vivez ! Soyez libre !
Gardez espoir, et chargez à mes côtés ! À l'attaque ! »
Le commandant Yiinda Aurore-Naissante terminait son discours, avant de se lancer, tête baissée sur les lignes Kor'Kronnes ; en hurlant des « saintetés ».
Suivie ensuite par quelques cavaliers. Puis quelques soldats en hurlant. Et finalement toutes les troupes.

« Elle a réussi, on dirait.
- À les faire partir ?
- Non. À leur faire croire qu'on a la moindre chance. »
Grinsky écrasa sa cigarette dans le cendrier en terre cuite. Appuyé d'un bras sur la chaise du lieutenant Gordon, il observait la carte et les pions de la maquette.
« … Gordon. Ordonnez aux escouades A à E d'attaquer de front avec le commandant Aurore-Naissante.
- Hein ?! Mais ils vont se faire pilonner !
- Peu importe. C'est ça, ou la défaite.
- … Très bien. Mais vous aurez leurs plaques autour du cou, Général. »


« Batterie d'artillerie prête, mon lieutenant. En attente d'instructions. »
Gordon vida son chargeur sur un Kor'Kron.
« Ici Gordon. Le QG se fait harceler. Lancez barrage sur coordonnées suivante... Transmission en cours, tenez la ligne. Gordon, terminé. »
L'humain se retourna vers le général, qui tirait dans tous les sens avec son fusil d'assaut.
« Mon général ! C'est le chaos ! Les équipes D et E ne répondent plus, A est annihilée, et on a un chasseur au sol !
- Et alors ? Vous voulez que j'aille demander à Garrosh de lever le pied pour qu'on puisse le battre ? Ils savent ce qu'ils font. Faites un peu confiance aux hommes, Gordon.
- Sans commandement, ils vont se faire massacrer, et mettre en danger toute la rébellion.
- Ça me fait une belle jambe ! »
Le réprouvé esquiva un obus de la machine de guerre en forme de scorpion, au loin.
« … Merde ! Ce truc va nous arrêter aux portes d'Orgrimmar ! Si les renforts de Lordaeron n'arrivent pas dans les minutes, ça sera vraiment foutu !
- Je demande un appui aérien.
- Négatif.
- Quoi ? Sauf vot' respect, mon général, on va faire quoi ? Danser devant eux jusqu'à ce qu'ils meurent de rire ?
- … Vous me fréquentez trop et pas assez, mon petit Gordon. »
Le général vida son chargeur une nouvelle fois, le laissa tomber au sol, avant d'en enfourner un autre dans l'arme fumante.
Il était couvert de sang. Le sien, le leur... Peu importe.
« Gordon ! Je prends le commandement de l'équipe d'infiltration C. Dites à Yiinda de tenir la ligne autant que possible.
- Ouais, ouais... Essayez d'en ramener en vie, au moins ! »

Il activa sa combinaison furtive, et avança à couvert jusqu'aux portes d'Orgrimmar.
Là, une machine titanesque en forme de Scorpion tirait des obus d'une taille inimaginable sur les fantassins de la rébellion.
Tout autour de lui, des cadavres de trolls, de taurens et d'orcs. Plus rares encore, des elfes et des réprouvés. Des gobelins gisaient ça et là...
« Ils tirent sur nous... »
Toute la baie et les environs d'Orgrimmar étaient encore sous le contrôle des Kor'krons.
« Plus pour longtemps, pensa Grinsky. Dès que j'entre, je fais tout péter. »
Il pouvait voir au loin la section de Yiinda se battre au corps à corps, en essuyant toute la puissance de frappe des troupes d'élite de Garrosh.
Les renforts arrivaient. Peut-être... S'ils ne s'étaient pas perdus en mer. S'ils ne s'étaient pas fait arrêter par des pirates, ou l'Alliance, ou les deux.
Tant d'inconnu.
« On était pas prêts... »

Il fit quelques signes de main à l'orc et à l'elfe qui l'accompagnait. Deux soldats de l'escouade, eux aussi équipés de la combinaison furtive.
Furtive, certes. Mais pas totalement invisibles...
Un énorme roc, probablement catapulté depuis les remparts de la cité, s'écrasa sur les deux soldats.
« On est repéré ! »
La volée de flèche qui suivit confirmait cette hypothèse. Il se mit à couvert derrière le rocher.



PARTIE 7 : ESKO

Ralf marcha lentement. Il ne voulait surtout pas faire tomber la personne drapée dans la couverture marron qui enroulait ce qu'il tenait dans ses bras.
Il marchait stoïquement sous la pluie, tantôt dans la boue, tantôt dans les flaques. De l'eau lui coulait dans l’œil, il avait mal aux côtes, là où son bras métallique commençait à lui faire défaut.
Mais il était heureux. Après avoir conclu un pacte avec le diable, il était heureux.
Il jeta un regard tendre à celle qu'il tenait contre lui, un sourire aux lèvres.
Esko était de retour, et rien d'autre ne comptait.

Il allongea doucement le corps de sa femme sur le lit. Il empila des couvertures sur elle à la hâte, de peur qu'elle ne prenne froid -tout en sachant pertinemment que ça ne servirait à rien.
Il déposa ensuite un duvet, pour finir avec une peau d'ours.
Une fois assuré qu'elle était bien en sécurité, enroulée dans la masse de tissu, il s'éloigna -pas trop loin tout de même- pour aller se chercher un paquet de cigarettes, un verre de whisky. Et une chaise.
L'attente allait être longue...



« Ralf ? »
Il releva aussitôt la tête. Sa dernière cigarette avait grillée il y a plusieurs heures, tandis que le feu de cheminée qu'il avait fait s'était éteint lui aussi.
La bouteille d'alcool vide traînait sur la table de chevet, à côté des deux cendriers pleins.
Il enfila son cache-œil.
« Ralf, c'est toi ? »
Les deux cadavres se rapprochèrent, lentement. Ils échangèrent leurs haleines nauséabondes, avant de coller leurs lèvres putréfiées. Puis, ils laissèrent leurs langues sèches se caresser. La main décharnée de la femme frotta la peau nécrosée de l'homme, doucement, tendrement, avant de remonter pour retirer le cache-œil de son mari, et contempler l’orbite vide dans lequel tenait un morceau de chair décomposée, sans doute ce qu'il restait de l’œil.
« J'ai passé deux décennies à t'attendre.
- Désolé, princesse... J'ai eu du retard... Trop de choses ont changées depuis le fléau. Les gens fiables sont rares. Alors confier ma femme au premier venu... »
Il soupira. N'était-ce pas ce qu'il avait fait ?
_________________
"L'enfer n'est qu'un mot. Ce qu'il y a réellement en dessous est bien pire..."


Revenir en haut
Publicité






MessagePosté le: Dim 5 Oct - 19:28 (2014)    Sujet du message: Publicité

PublicitéSupprimer les publicités ?
Revenir en haut
Montrer les messages depuis:   
Poster un nouveau sujet   Répondre au sujet    l'Aube du renouveau Index du Forum -> l'aube du renouveau -> La 707ème Toutes les heures sont au format GMT + 1 Heure
Page 1 sur 1

 
Sauter vers:  

Index | Panneau d’administration | faire son forum | Forum gratuit d’entraide | Annuaire des forums gratuits | Signaler une violation | Conditions générales d'utilisation

Aube du Renouveau par Gar'Thok